La parole reprend la place Sainte Anne

Publié le par Julien MARTIN et François PITREL

Au coin de la place Sainte-Anne, devant l’entrée de ce qui était un commissariat il y a quelques années, une dizaine de personnes patientent en silence. L’écriteau surmontant le bâtiment questionne pourtant avec un brin de provocation : « Et si on se parlait ! »

 

Dès que les portes s’ouvrent, les premiers éclats de voix retentissent. Vissés sur les tabourets du bar où Joëlle sert le café ou bien assis dans les fauteuils en osier autour de la table basse du salon, les adhérents de l’association Et si on se parlait ! devisent de tout et de rien, débattent, acquiescent ou contredisent. « On cause voilà tout. Parce que ça fait du bien de parler des fois », explique Renée, adhérente depuis plusieurs années.

Et si on se parlait ! est le vœu exprimé par Jean Gentric, un ancien sans domicile fixe, le 12 novembre 1998, date de la création de l’association. Son objectif était de promouvoir des initiatives permettant de recréer du lien social, en faisant renaître la vie de quartier. Les membres n’ont depuis cessé d’affluer. On en compte aujourd’hui plus de 150, au premier rang desquels Marc Menez, son président. « Je suis entré par simple curiosité, car un ami m’avait indiqué que des cours de théâtre étaient donnés. Ensuite, c’est allé très vite, en moins d’un an j’étais président. »

 

Guitare, théâtre ou mathématiques

 

Les yeux pétillants et le sourire scotché aux lèvres, cet homme qui frise la quarantaine, éducateur de profession, a déjà un long passé associatif derrière lui. Militant depuis l’âge de quatorze ans et ancien secrétaire régional d’Amnesty International, il n’a pas été tout de suite convaincu par l’association. « A l’époque, je ne voyais pas son utilité. C’est idiot, mais, ayant toujours été très entouré, je ne pensais pas que des personnes pouvaient être isolées contre leur gré. J’ai rencontré ici des gens parfois désœuvrés, dépourvus de liens professionnels ou familiaux, à la recherche de repères sociaux. L’association est pour eux un moyen de combler ce manque. » Et comme il se plait à dire : « Ici, tout le monde est le bienvenu. »

Certains ont des problèmes économiques ou de santé. Mais les soucis du quotidien s’envolent dès le seuil du local franchi. Pour dix euros par an, les adhérents peuvent participer à une activité différente chaque jour. Dans une grande salle au parquet grinçant et ornée d’œuvres produites par le club de création, des enseignants bénévoles font découvrir la guitare, le théâtre ou les mathématiques. Fidèle de l’association depuis ses débuts, Claudette participe aux cours d’anglais. « Do you speak english ? – Ah ça yes alors ! », répond-elle sans hésitation.

Cette ouverture à tous et à toutes, basée sur la volonté d’échanger et partager les savoirs, a parfois donné lieu à quiproquo. A l’image de ce jour où, sous couvert d’une initiation au yoga, une secte était venue diffuser sa « bonne » parole. Ils furent expulsés sur le champ par le président. On peut parler de tout mais, comme le clame le fascicule d’information de l’association, l’organisme est « apolitique, non confessionnel et refuse toute forme de prosélytisme ».

 

On parle, évidemment

 

Patrick, lui, adhérent de 46 ans, le cigarillo au bout des lèvres, vient seulement pour l’ambiance. Sa passion, c’est la littérature. Depuis sa sortie de prison, où il a obtenu sa licence d’histoire, il passe son temps à dévorer des romans. Son petit plaisir est de faire partager de temps en temps à Mona, Marie-Françoise, Yvonne et les autres, les vers qu’il écrit chez lui : « C’est pas du Baudelaire ou du Rimbaud, mais je crois que ça plaît. »

Pour ceux qui ne veulent pas participer aux activités, il reste le grand repas partagé le dernier vendredi du mois. Le principe est simple : chacun apporte un plat qui est mis en commun sur un grand buffet. On partage, on échange et on parle. Evidemment.

En point d’orgue de ces deux dernières années, l’association a organisé la « Festy Anne », sorte de grande kermesse de quartier où se mêlent musique, théâtre et bonne humeur sur la place du centre de Rennes. Le Président aimerait cependant voir sa structure prendre un peu d’ampleur. Pourquoi pas en employant « un salarié à mi-temps qui pourrait assurer une meilleure continuité dans les activités et proposer des ateliers supplémentaires ». Un appel du pied discret à la Mairie pour que les subventions augmentent. Preuve que l’association compte encore faire parler d’elle.

 

Publié dans Archives Blog Jedi

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