« La LCR est prête à participer à un gouvernement »
Plein d'entrain après la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne, Olivier Besancenot, leader de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), imagine les contours de son action au sein d'un gouvernement.
Etes-vous prêt à présenter un jour un candidat unique de la gauche du non ?
Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Avant de discuter d’un candidat unique à l’élection présidentielle ou d’un accord pour les élections législatives, il faudrait d’abord savoir s’il existe des propositions politiques communes, un programme sur lequel diverses forces pourraient se retrouver avec, évidemment, l’engagement raisonnablement crédible de le mettre en œuvre.
Pour la LCR, il ne peut pas être question de soutenir et encore moins de participer à une coalition dont le contenu politique serait contraire aux propositions que nous jugeons utiles au monde du travail. De même, nous ne saurions soutenir et encore moins participer à une coalition dont, au vu des expériences passées ou des orientations politiques présentes, nous pensons que certaines composantes n’ont aucunement l’intention de mettre en œuvre les politiques que nous pensons souhaitables.
Le débat sur la Constitution européenne a bouleversé la gauche, mais cela ne signifie pas que tous les dirigeants socialistes partisans du non sont des alliés potentiels. Ainsi, par exemple, Laurent Fabius n’est pas devenu brutalement un anticapitaliste de combat.
Un rapprochement avec un candidat socialiste partisan du oui est-il inimaginable ?
Aucune alliance parlementaire, et donc électorale, n’est possible avec les dirigeants du oui de gauche. Le bilan du gouvernement Jospin nous conduit à considérer qu’un gouvernement de gauche plurielle identique ne mettrait pas plus en œuvre à l’avenir ces politiques qu’il ne les a mis en œuvre dans le passé.
Ajoutons que l’idée de pouvoir influencer de l’intérieur les choix gouvernementaux n’a aucune crédibilité au vu de l’expérience. Ni le Parti communiste ni les Verts n’ont pu réellement influer sur les choix, même partiellement dans le domaine qui leur tenait le plus à cœur. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise. Dès le début, Jospin avait prévenu qu’il n’y aurait pas « deux lignes » dans son gouvernement.
La direction du PS s’est engagée en faveur de la constitution libérale, aux côtés de l’UMP et de l’UDF. Jospin a revendiqué ouvertement la « compatibilité entre le oui de gauche et le oui de droite ». Selon nous, il ne s’agit pas d’une proximité purement conjoncturelle. Au pouvoir, le PS a effectivement mené des politiques libérales, assez proches sur le fond de celles menées par la droite. Politiques dont la Constitution européenne n’était que la mise en forme constitutionnelle.
La LCR continuera-t-elle toujours à faire cavalier seul ?
La LCR ne situe pas son action dans la perspective d’une nouvelle expérience de « gauche plurielle » ou « d’union des gauches ». La gauche dont nous nous réclamons est incompatible avec les politiques libérales voulues par le MEDEF et incarnées, dans le cadre de l’alternance, aussi bien par des coalitions de droite que de gauche. Par contre, la LCR entend bien prolonger la campagne du non de gauche à la constitution européenne. Cette campagne a prouvé que, pour peu que des cadres unitaires clairement anti-libéraux se créent et que les couches populaires s’emparent du débat, il est possible de mettre en minorité la gauche libérale au sein de la gauche.
A l’étape actuelle, cela ne passe pas prioritairement par la négociation d’alliances électorales pour les élections de 2007 mais par la mise sur pied de campagnes de mobilisation contre les attaques du patronat et du gouvernement de façon à les mettre en échec, sans attendre 2007. Et puis, nous souhaitons effectivement l’ouverture d’un vaste débat public sur le contenu d’une alternative politique (orientation générale anti-libérale et anti-capitaliste, mesures d’urgences à prendre pour changer immédiatement la vie des gens...) qui s’oppose directement à l’alternance entre gouvernements de gauche et gouvernements de droite situant leur action dans le même cadre, comme c’est le cas depuis un quart de siècle.
Aucun parti politique n’a pour vocation de rester dans l’opposition à perpétuité. Contrairement aux idées reçues et aux allégations malveillantes, la LCR est tout à fait prête à participer à un gouvernement. Mais pour mettre en œuvre sa politique. Pour cela, il faut naturellement des partenaires politiques qui aient les mêmes convictions et surtout un rapport de force créé par la mobilisation populaire active de millions de gens. C’est à ses conditions, peu négociables car elles sont la condition du succès d’une authentique expérience de gauche, que la LCR envisagerait sa participation gouvernementale. Cela montre l’ampleur du travail de conviction démocratique qui reste à accomplir.
Quelles seraient les actions de la LCR au sein d'un gouvernement ?
La LCR propose une série de mesures d’urgence : interdiction des licenciements, défense et extension des services publics, arrêt des privatisations et re-socialisation des activités visant à satisfaire les besoins élémentaires (santé, culture, éducation, accès à l’énergie, au logement, à l’eau...), modification radicale de la répartition des richesses (à commencer par une augmentation générale de 300 euros des salaires, des allocations et des retraites), réalisation effective de l’égalité hommes-femmes (en matière salariale notamment), poursuite de la réduction du temps de travail sans flexibilité, sans annualisation ni modération salariale, mise en œuvre du droit au logement par l’application de la loi de réquisition des logements inoccupés, rétablissement des droits à la retraite mis à mal par les réformes de 1993 et 2003 (c’est-à-dire le retour à 37,5 annuités pour prendre sa retraite à taux plein, aussi bien dans le public que dans le privé), régularisation des sans papiers et instauration du droit de vote à toutes les élections pour les résidents étrangers (même les résidents extra-communautaires), sortie du nucléaire et instauration du scrutin proportionnel à toutes les élections.
Comme on le voit, cette politique implique de défaire systématiquement tout ce qu’a fait la droite depuis 2002, mais aussi une partie de ce qu’avait fait la gauche plurielle précédemment, en particulier en matière de privatisations.
Concernant le code du travail, la première priorité est effectivement de bloquer les mesures du gouvernement qui remettent en cause le code du travail et tendent de remplacer toutes les garanties collectives acquises par des mouvements sociaux et des accords individuels entre le salarié et son patron. A commencer par la proposition de période d’essai de deux ans et le projet de fusionner CDI et CDD, c’est-à-dire en réalité de supprimer le CDI et de généraliser le CDD. Mais, plus généralement, l’objectif est bien de revenir sur la dégradation du droit du travail que nous subissons depuis 20 ans et de conquérir de nouveaux droits collectifs . Les salariés feraient mieux de ne pas attendre que ces avancées sociales leur soient octroyées par un gouvernement de gauche et de se mobiliser, ici et maintenant, pour les conquérir par leurs propres luttes. Après tout, c’est ainsi que, en 1936 comme en 1968, les grands acquis sociaux ont été imposés : par les grèves, les manifestations, les occupations des lieux de travail.
La présence du « populaire postier » dans un gouvernement ne risque-t-elle pas de dégrader votre image ?
Dans le cadre évoqué précédemment, la question de savoir si passer de postier à ministre risque d’altérer le soutien populaire devient anecdotique. Ce qui compte c’est moins de savoir qui met en œuvre une politique donnée que de savoir quelle politique est menée. D’autant que la mise en œuvre de la politique que la LCR propose et que je défends implique la participation active du monde du travail et de la société. Plus généralement, je ne considère pas que la politique soit un métier réservé à des professionnels mais, au contraire, qu’elle devienne la préoccupation et l’activité de tous. Ce qui est effarant, et qui d’ailleurs choque de plus en plus de gens, ce sont ces discours de politiciens professionnels sur les « réformes », alors qu’ils n’ont aucune idée des difficultés quotidiennes rencontrées par les salariés. Tout simplement parce qu’ils ne vivent pas la même vie que ces salariés.