Good bye July
Do widzenia Serge, arrivederci July. Même des patrons de presse polonais et italien saluent le directeur emblématique de Libération. Au fil des pages de ce numéro quasiment spécial consacré au départ de Serge July, des personnalités de tous horizons décrivent le lien qui les unit au quotidien, à son créateur, ou aux deux tant ils semblent encore indissociables.
« Un “je t’aime moi non plus” permanent », selon l’ancienne secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat. « Une relation fusionnelle », pour Harlem Désir, fondateur de SOS Racisme. Le soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit dit son estime pour ce « journal qui s'attache à décrire les méandres de la nouveauté ». Jusqu’à l’entraîneur de football Claude Le Roy qui file la métaphore sportive : « Si Libé était un joueur de foot ? Best, Maradona, Cantona. Du talent, de l'insolence, un charisme exacerbé, quasi suicidaire. »
« Je suis infiniment triste »
Pourquoi un tel départ alors ? Serge July s’explique dans une double page : « Je quitte Libération parce que c'est la dernière chose que je peux faire pour que vivent cette entreprise et cette équipe. Je le fais à la demande d'Edouard de Rothschild, actionnaire de référence de la société éditrice de Libération. Nous avions un désaccord de fond sur la recapitalisation du journal. » Et de conclure : « Le chef d'orchestre que je fus vous dit adieu. Le journaliste que je suis est infiniment triste de ne plus pouvoir écrire ici. Le lecteur que je vais demeurer vous dit à tous au revoir. »
Un lecteur presque parmi d’autres, à qui le quotidien donne également la parole. Jean-Pierre Bechtold relate sa « plus belle histoire d’amour ». Yann Cominge porte un « regard triste » sur le départ de cet « homme faillible, comme tous », d’après Jacques Barrion. Bartlet Tangre voit défiler « trente-trois ans de [sa] vie ».
« Ses fulgurances, ses excès »
Trente-trois ans de la vie de Libération, qui a semblé durer « mille ans » à Sorj Chalandon. Le journaliste maison égrène toutes les étapes du journal qu’a marquées Serge July « de ses fulgurances, de ses envolées et de ses excès ». Depuis le premier numéro, le 18 avril 1973, à la grève de quatre jours, fin novembre 2005. En passant par l’installation de la rédaction rue Béranger en 1987, l’accident de la route qui a failli coûter la vie à son cofondateur le premier jour de l’année 1993, ou l’échec de Libé 3 en 1994.
Autant d’évènements qui feraient presque oublier que s’ouvre une nouvelle période à Libération, une période de transition. Les salariés du quotidien ont voté à 60,5 % pour une gestion partagée entre le gérant de la SCPL (Société civile des personnels de Libération), Vittorio de Filippis, journaliste au service économie, et un représentant de l’actionnaire principal, Philippe Clerget, ancien directeur de l’hebdomadaire L’Usine nouvelle.
Un membre de la famille Rothschild et un dénommé Clerget aux manettes du journal, une page s’est tournée à Libération. July tourne, lui, le dos en dernière page du numéro du jour. Encore un portrait en der de Libé. Celui d’un homme qui part.