Montebourg toujours à contre-courant
Le NPS est mort, vive Rénover maintenant ! Arnaud Montebourg, fondateur du Nouveau Parti socialiste, n’a pas attendu longtemps avant d’acter « le décès du NPS ». Moins d’une semaine après le congrès du Mans, qui s’est tenu fin novembre. Motif : ses désormais ex-compères du NPS, Vincent Peillon et Henri Emmanuelli en tête, n’ont pas respecté les militants en signant la motion de synthèse, alors qu’il n’est pas fait mention de la VIe République dans le texte définitif.
Une mise à mort unilatérale que n’ont pas goûtée tous ceux qui, bien vivants, sont demeurés au NPS. « Quand on est dans un groupe, même si l’on en a été à l’origine, on n’en est pas propriétaire », s’indigne Gildas Trémenbert, élu au conseil fédéral NPS du Morbihan. De fait, le NPS est toujours présent sur l’échiquier politique.
Et ce, malgré l’estimation d’Arnaud Montebourg faisant état d’un soutien de « 80 % des militants du NPS ». Un chiffre bien difficile à vérifier. « Arnaud a un défaut : proclamer des résultats pour pouvoir les atteindre, relève Guillaume Balas, conseiller régional NPS d’Ile-de-France. Autant pour les militants c’est difficile à évaluer, autant pour les élus c’est évident qu’une très large majorité d’entre eux reste au NPS. En Ile-de-France, sur une centaine d’élus socialistes affiliés au NPS, seuls six ou sept ont rejoint Rénover maintenant. » Autre indice : « Les cadres du MJS [Mouvement des jeunes socialistes, majoritairement « montbourgeois » avant Le Mans] ont fait le choix de la synthèse car, pour le MJS, l’unité du PS est une condition sine qua none », explique leur président, Razzye Hammadi.
Les élus NPS voient d’un mauvais œil le départ d’Arnaud Montebourg. « J’ai senti qu’il voulait voguer pour sa propre personne en ne votant pas la synthèse », reprend Gildas Trémenbert. « C’est proche de la farce, rétorque Thierry Mandon, porte-parole de Rénover maintenant et fidèle parmi les fidèles d’Arnaud Montebourg. S’il était resté au NPS et avait signé la synthèse, il serait aujourd’hui secrétaire national au PS ». D’aucuns accusent d’ailleurs Vincent Peillon et Henri Emmanuelli d’avoir cédé à la tentation majoritaire en échange de la promesse de postes à la direction du Parti socialiste.
Ambiance électrique entre anciens amis
Il va sans dire que les membres restés au NPS ne sont pas en odeur de sainteté du côté de Rénover maintenant. « Nous n’avons aucun lien particulier avec le NPS, enfin pas plus avec ce courant qu’avec les autres du PS», continue Thierry Mandon. Pourtant, Guillaume Balas affirme que « des passerelles peuvent exister ». Même si ce dernier « pense qu’il va y avoir un problème : le clivage se fera difficilement sur le contenu car on a le même. Ce clivage va donc avoir lieu sur le positionnement stratégique. Arnaud attend l’élaboration du projet socialiste pour se déterminer, tandis que le NPS a des postes à responsabilités, donc mettra davantage les mains dans le cambouis. »
Un positionnement stratégique qui laisse à penser qu’Arnaud Montebourg n’a pas agi dans un seul dessein idéologique. « Son nouveau courant est un coup de dés, analyse Bettina Laville, conseillère d’Etat et ancienne élue socialiste en Saône-et-Loire, département où elle était en concurrence avec l’actuel député. Tout dépend maintenant du destin de la gauche en 2007. Pour l’instant, il est ultra-minoritaire. Mais il aura fait un bon coup politique si la gauche perdait très largement. Dans le cas contraire, il connaîtra une longue traversée du désert. »
Inutile de préciser que Bettina Laville ne pense pas qu’Arnaud Montebourg a quitté le NPS seulement pour défendre sa chère VIe République : « Il y a quelque chose d’un peu suicidaire dans sa manière de faire de la politique. Il est toujours prêt à sauter le parapet s’il y a une caméra. » Même son de cloche pour Guillaume Balas : « Il existe une histoire longue, souvent occultée, pour expliquer son départ. Des problèmes internes au NPS existaient depuis longtemps, telle la rivalité d’hommes entre Vincent Peillon et Arnaud Montebourg pour le contrôle du courant. De plus, depuis cet été, Arnaud s’était mis en difficulté en se déclarant favorable à une alliance avec Laurent Fabius, qu’il jugeait courageux de s’être opposé au traité européen, alors que la majorité du NPS y était défavorable. »
Le Comité pour la VIe République se fait aussi tacler sur son terrain de prédilection. « Arnaud Montebourg est fidèle à sa pensée, note Jérome Royer, vice-président du Comité. Emmanuelli, Peillon et d’autres ont tenté de nous manipuler ». Cependant, plusieurs des points qu’il défend ont été intégrés dans la synthèse. Le NPS a obtenu que celle-ci mentionne au programme « la réforme du Conseil constitutionnel », ainsi que la phrase suivante : « Les socialistes proposent de promouvoir une République nouvelle qui met le Parlement au cœur de la vie politique et qui rééquilibre les pouvoirs entre le président de la République et le Premier ministre et qui donne aux citoyens de nouveaux moyens de peser sur les choix. »
Sans compter que d’autres propositions étaient déjà listées par le courant majoritaire, comme la réforme du mode de scrutin du Sénat, le droit de vote des résidents étrangers et la clarification de la décentralisation. Est-ce à dire qu’Arnaud Montebourg s’oppose de manière systématique ? « Il est écrit « République nouvelle », ce n’est pas rien, répond Stéphane Lovisa, secrétaire de la section NPS du XIVe arrondissement de Paris. Même si les termes de « VIe République » avaient été explicitement inclus dans la synthèse, je pense qu’il ne l’aurait pas signée car il était anti-synthèse dès le départ. »
Des tensions en perspective entre nouveaux amis
« La VIe République n’est pas non plus le combat prioritaire de Gérard Filoche et de Marc Dolez », relève Guillaume Balas. En effet, en ouvrant grand les portes de Rénover maintenant à « toutes les personnes qui n’ont pas voulu signer la synthèse », tel que l’explique son porte-parole, les incompatibilités d’idées ne sont pas à exclure. Notamment en ce qui concerne le soutien au candidat socialiste pour l’élection présidentielle. Les membres de Rénover maintenant promettent de le soutenir, mais la discipline de parti n’est pas le fort de Gérard Filoche et Marc Dolez. En témoigne le non-respect des militants socialistes qui avaient majoritairement voté, le 1er décembre 2004, en faveur du projet de Constitution européenne. Thierry Mandon balaie l’argument d’un revers de main : « On ne va pas passer sa vie sur un référendum interne au parti ».
Toujours est-il que les deux hommes sont bel et bien sur le point de rejoindre Arnaud Montebourg qui, s’il n’est pas toujours sur la même longueur d’onde qu’eux, particulièrement sur les questions économiques et sociales, ne devrait pas être mécontent de compter dans ses rangs quelques noms ronflants. « Marc Dolez et moi sommes en train de nouer contact avec Arnaud Montebourg, annonce Gérard Filoche. Le but est de créer en février un nouveau courant qui supplanterait Rénover maintenant, Forces militantes [Marc Dolez], Démocratie et Socialisme [Gérard Filoche]. » Rénover maintenant est mort, vive…
Montebourg et associés
Depuis le congrès d’Epinay, le Parti socialiste reconnaît l’existence de courants de pensée. Des courants appelés aussi « sensibilités ». Cette question sémantique provient du fait qu’au PS un courant n’a pas d’existence en tant que telle. Sa reconnaissance n’intervient qu’avec le dépôt d’une motion en congrès.
Arnaud Montebourg ne peut alors aujourd’hui proclamer qu’il représente tel ou tel pourcentage de militants du parti. Rénover maintenant reste pour l’heure une démarche uniquement intellectuelle. Il devra patienter jusqu’au prochain congrès pour que son nouveau courant soit officiellement reconnu.
En attendant, Rénover maintenant peut tout de même revendiquer une existence juridique. Son porte-parole, Thierry Mandon, a déposé les statuts au début du mois de janvier, pour prendre une forme associative, conformément à la loi de 1901.