PS : les 72 heures du Mans
Epinay ou Rennes. Le Parti socialiste ne sait pas à quel congrès se vouer. Au quel des deux ressemblera celui du Mans qui s’ouvre aujourd’hui ? En 1971, François Mitterrand avait rassemblé le PS et entamé la course qui allait mener les socialistes pour la première fois au pouvoir en 1981. Alors que le congrès qui s’était déroulé dans la capitale bretonne en 1990 avait été celui du déchirement du parti, tiraillé entre les deux leaders d’alors : Lionel Jospin et Laurent Fabius.
Si le premier a officiellement « tiré les conséquences » de son échec du 21 avril 2002 « en [se] retirant de la vie politique », ses idées sont maintenant incarnées par le premier secrétaire du parti, François Hollande. Tandis que le second tente désormais, à l’instar du seul président de la République socialiste de l’histoire, de prendre les rênes du PS par la gauche. Et ce depuis la campagne référendaire conclue le 29 mai 2005 par la victoire du non qu’il appelait de ses voeux.
L’année du centenaire du parti coïncidera-t-elle avec une nouvelle guerre des clans ? Rien n’est moins sûr. Quasiment toutes les données concourent pourtant à faire du PS une poudrière. D’un côté, François Hollande peut compter sur le soutien du courant majoritaire socialiste qui comprend presque tous les éléphants du parti : de Jack Lang à Martine Aubry, de Dominique Strauss-Kahn à Ségolène Royal. Des soutiens de poids qui lui sont gré d’avoir conduit le PS à la victoire lors des élections régionales et européennes en 2004. Mais, de l’autre côté, le rejet de la Constitution européenne a fait émerger un large front d’opposition, englobant les fabusiens et le Nouveau parti socialiste (NPS), courant mené par Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Henri Emmanuelli.
Une majorité pour quel avenir ?
Il existe toutefois une différence majeure entre Rennes et Le Mans : la direction du parti possède une nette majorité qui lui permet d’imposer seule sa suprématie. Majorité issue des 53,6 % de militants socialistes qui ont opté pour la motion Hollande, le 9 novembre. En face, Laurent Fabius (21,2 %) et le NPS (23,4 %) peuvent faire grise mine. Pour continuer d’exister, ils en sont réduits à souhaiter une synthèse de toutes les mouvances. Bien qu’à l’image d’Henri Emmanuelli, ils tentaient encore hier de sauver la face en réclamant « le respect du non à la Constitution européenne » et « l’abrogation des lois de la droite ».
Toujours est-il que François Hollande se dirige tout droit vers une réélection dans un fauteuil lors de la désignation du premier secrétaire du parti qui aura lieu le 23 novembre. Reste cependant une question fondamentale que les leaders socialistes, obnubilés par les jeux d’appareil, ont fini par occulter : une majorité pour quel avenir ?
Un avenir qui s’annonce d’avantage épineux que rose. Alors même que l’affrontement de la droite entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin offre au Parti socialiste un jeu qu’il n’avait pas connu depuis 1995 et celui entre Jacques Chirac et Edouard Balladur. En témoigne un sondage CSA, paru dans Le Monde daté du 15 novembre, qui fait ressortir que pour 59 % des personnes interrogées le PS remplit « mal » ou « très mal » son rôle de principal parti d’opposition et pour 60 % qu’il n’est pas capable de remporter la prochaine élection présidentielle.
Les faits pourraient leur donner raison. L’élaboration du programme socialiste pour 2007 et la redéfinition promise de la sociale-démocratie traînent en longueur, tant sur le plan national (réduction des inégalités, logement, pouvoir d’achat…), qu’européen (relance de la construction politique de l’Union) et international (maîtrise de la mondialisation). Sans compter que les socialistes doivent encore s’entendre sur le choix d’un candidat potentiellement présidentiable. A deux ans de l’échéance, il ne sont que huit à postuler…