Villepin vilipendé pour son anniversaire
Grand admirateur de Napoléon, Dominique de Villepin s’était donné « 100 jours » pour rendre confiance aux Français. Un an après son arrivée à Matignon, il se démène pour que son bilan ne s’apparente pas à Waterloo. « Triste anniversaire, note le député UMP de Versailles, Etienne Pinte. Si l’on juge son année à sa popularité, on ne peut pas dire qu’elle soit positive. »
Baisse du chômage. Tout avait pourtant bien commencé pour le successeur de Jean-Pierre Raffarin. Même privé d’un état de grâce lors de sa prise de fonctions, avec seulement 33 % d’opinions favorables, le volontarisme de sa bataille pour l’emploi et son style moins flamboyant qu’au Quai d’Orsay ont rapidement séduit. En septembre, sa côte de popularité décolle. Au congrès de l’UMP à La Baule face à un Nicolas Sarkozy souffrant, puis au sommet de l’Onu en remplacement d’un Jacques Chirac hospitalisé, Dominique de Villepin impose sa stature d’homme d’Etat. Et il réaffirme l’autorité de la République en novembre, en instaurant l’état d’urgence pour faire face aux émeutes en banlieues.
Surtout, le chômage décroît. A 10,2 % à son arrivée, le taux descend à 9,3 % en avril. Si d’aucuns attribuent cette baisse au plan de cohésion sociale lancé par Jean-Louis Borloo sous le gouvernement précédent, lui y discerne les effets du Contrat nouvelle embauche (CNE) présenté dès le mois de juin. Début janvier, le Premier ministre est au plus haut dans les sondages avec 58 % d’approbation. Pour aller encore plus loin, il crée le Contrat première embauche (CPE), en ignorant une nouvelle fois les partenaires sociaux. Une erreur qui va amorcer sa descente en enfer.
Crise du CPE. Les mois de février et mars voient les manifestations se multiplier et plus de la moitié des universités être bloquées. Le 4 avril, près de trois millions de personnes selon les syndicats défilent dans la rue. Moins d’une semaine plus tard, le CPE se transforme en camouflet pour Dominique de Villepin et est remplacé par un dispositif en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté. Même le pourtant fidèle député UMP de la Drôme, Hervé Mariton, reconnaît « un manque certain de pédagogie ».
Les motions de censure déposées par le Parti socialiste s’enchaînent. La dernière, votée également par une partie de l’UDF alors que plus d’une centaine de députés de la majorité sont absents de l’Hémicycle, intervient en pleine affaire Clearstream qui déstabilise les institutions de la République. Fin avril, le quotidien Le Monde affirme qu’une enquête sur Nicolas Sarkozy, à propos d’hypothétiques comptes bancaires occultes, aurait été ordonnée par Dominique de Villepin sur instruction de Jacques Chirac. Le feuilleton des révélations tient le pays en haleine, éclipsant la politique gouvernementale. Les critiques ne cessent alors de pleuvoir au sein même de la majorité. François Grosdidier, député UMP de Moselle, envoie une lettre au chef de l’Etat pour réclamer la démission de celui qu’il a nommé : « J’ai la faiblesse de penser que le problème est personnel et que la solution est un changement de Premier ministre. »
Censure publique. Une affaire n’arrivant jamais seule, c’est maintenant au tour de l’amnistie de l’ancien ministre des Sports Guy Drut d’agiter la classe politique. « Ils sont devenus fous », martèle à l’envi le président de l’UDF François Bayrou, en visant les deux têtes de l’exécutif. La dernière année de quinquennat de Jacques Chirac s’annonce davantage impossible qu’« utile ». Depuis la crise du CPE, Dominique de Villepin n’ose plus. Longuement annoncée, la loi anti-tabac a été mise sous boisseau. Sans compter qu’il n’est plus en position de décréter de nouveau l’urgence sur un texte ou d’engager sa responsabilité sur un projet de loi.
Téméraire, le chef du gouvernement espère encore renverser la situation et veut continuer à croire en ses chances pour 2007. Il joue aujourd’hui la carte de la proximité, pour ne plus stagner autour de 20 % dans les enquêtes de popularité. Après s’être penché sur le sort des personnes âgées vendredi à Bergerac, il s’est intéressé lundi à l’insertion des handicapés à l’occasion d’une visite à Combs-la-Ville. Les quinze prochains jours seront déterminants. Arrivent ensuite la Coupe du monde, puis les vacances d’été. Sa présence à la garden party du 14 Juillet devient cependant de moins en moins probable. Hier, une ovation des députés UMP à son possible successeur l’a quasiment censuré publiquement. Les élus de la majorité « borlootent » désormais le ministre de la Cohésion sociale.