Micro-portables étudiants : avis partagés

Publié le par Julien MARTIN

L'Université de Rennes 1 a fait la promotion de l'opération

 

Annoncée fin septembre par le ministre de l'Éducation nationale, François Fillon, l'opération Micro-portables étudiants a été présentée la semaine dernière par l'Université de Rennes 1. Le syndicat étudiant Unef dénonce un « mariage arrangé » entre étudiants, banques et constructeurs informatiques.

 

« Cette mesure va à l'encontre de ce que l'on attend d'un gouvernement lors d'une rentrée universitaire, alors que les problèmes de logement sont criants et que plus de 100 000 étudiants vivent sous le seuil de pauvreté. » Jonathan Heurguier, membre du bureau de l'Unef (Union nationale des étudiants de France), organise la levée de boucliers contre l'opération Micro-portables étudiants (Mipe).

Selon le ministre François Fillon, cette mesure prise le 28 septembre dernier doit permettre « à tous les étudiants qui le souhaitent de s'équiper d'un ordinateur portable et d'avoir gratuitement accès à Internet depuis leur campus ». Le tout moyennant un prix avantageux négocié avec les constructeurs informatiques et un financement privilégié, à partir de 1 000 € sur trois ans, proposé par les banques partenaires. Soit « un micro-portable pour le prix d'un café par jour », comme l'indique le slogan de l'opération.

 

20 000 € par université

 

Mais ce café s'avère très dur à avaler pour les syndicalistes de l'Unef : « Derrière cet effet d'annonce, se cache une mesure favorisant l'endettement des populations étudiantes précaires et signifiant le désengagement de l'État concernant l'équipement informatique des universités. » Guillaume Le Mer, attaché commercial au Crédit Mutuel de Bretagne, répond sans vaciller que « les banques proposent une offre spécifique à un taux vraiment moindre et étudient auparavant l'environnement financier de l'étudiant pour éviter les situations de surendettement, qui ne sont favorables ni aux banques ni à leurs clients ».

Quant à la participation financière du gouvernement à cette opération, elle se résume en effet aux seuls 20 000 € alloués à chaque université partenaire, mais « l'État n'a pas à s'immiscer dans ce qui reste une relation privée entre étudiants, constructeurs et banques, argumente Thierry Bédouin, directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Rennes 1. Avec cet argent, vont être installées à Rennes 1 une vingtaine de bornes WiFi, qui permettront aux étudiants de connecter leur ordinateur portable à Internet sans fil et gratuitement. »

 

40 000 portables livrés

 

L'autre grand syndicat étudiant, l'Uni (Union nationale inter-étudiante), politiquement proche du gouvernement, se dit pour sa part enthousiasmé par l'opération Mipe. « Les étudiants s'y retrouvent grâce au double effort des banques et des constructeurs, explique Olivier Viale, délégué national de l'Uni. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 200 000 ordinateurs portables commandés et 40 000 déjà livrés. Mieux vaut faire une telle opération que ne rien faire du tout. »

Ghislain, étudiant en master 1, abonde dans le même sens : « Les journées d'information organisées à Rennes 1 m'ont permis de me rendre compte que cette opération n'est pas un attrape-nigaud, les offres sont intéressantes. Certes, cela reste un crédit, mais les étudiants en sont conscients. Je n'avais pas prévu d'acheter un portable avant deux ou trois ans, mais cette mesure va peut-être me permettre d'en acquérir un avant.»

Bilan de l'opération : les offres des constructeurs sont techniquement et financièrement intéressantes, tout comme les prêts proposés par les banques. Toutefois, l'étudiant intéressé devra au minimum rembourser 30 € par mois pendant trois ans, ce qui n'est pas à la portée de toutes les bourses. Cette mesure conviendra donc à ceux qui ne sont pas assez fortunés pour acheter comptant un ordinateur portable, mais le sont suffisamment pour supporter le paiement des mensualités. La fracture numérique se réduit. Lentement.

 

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Publié dans Archives Ouest-France

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